Il est arrivé un matin d'decembre Comme le messager du temps qui fout l'camp J'l'ai vu dans la glace au mur de ma chambre Planté sur mon grand front intelligent Tout seul au milieu d'une mèche brune Arborant très fier ses reflets d'argent Comme un fantôme sortant de la brume Comme un arbre mort au jardin d'enfants J'ai crié : Au s'cours, viens vite mon amour Viens l'voir ce salaud avant que j'l'arrache Regarde-le bien à la lumière du jour Ça fait une balafre ça fait comme une tache Demain à coup sûr débarquent ses p'tits frères Dans six mois peut-être on m'appelle Crin-Blanc L'troisième âge arrive ça y'est c'est l'hiver Moi qui croyait vivre l'éternel printemps
J'ai beau m'répéter pour faire le brave C'proverbe imbécile qui m'amuse plus "La neige au grenier, le feu à la cave" J'ai l'impression qu'un oiseau m'a chié d'ssus J'ai l'impression qu'la mort étale en riant Un manteau d'hermine sur ma pauvre tête Ou que la faucheuse se fait les dents Avant d'attaquer à la baïonnette
On a beau se croire toujours adolescent Parc'que nos gonzesses sont un peu miro Parc'que les miroirs sont très indulgents Et nos métastases toujours à zéro Le jour où t'hérites des ch'veux d'tes parents T'as du mal à croire qu'à partir d'maint'nant Les filles vont craquer sur tes tempes argent Surtout si déjà elles craquaient pas avant
Y'a quand même pas d'quoi s'flinguer tu sais bien Qu'y'a des choses plus graves dans la vie j'pourrais Voter socialiste, r'garder TF1 Pis être abonné à VSD J'pourrais croire en Dieu rouler en scooter Pis j'pourrais avoir sous mes cheveux blancs Un cerveau d'flic t'imagines l'horreur J'préfèr'rais m'les couper j'parle évidemment De mes cheveux blancs Mes putain d'ch'veux blanc