Il a remonté toute l'Italie entre les camions et les oliviers
Avec son vieux costume de scout
même les flics et les routiers s'arrêtaient
Au fond de son sac à dos des boîtes de sardines de peinture à l'huile
Et dix kilos de biscuits préparés par sa maman
Encore l'été et c'est la France ce soir
au fond d'un caboulot du port de Nice
Il dit je cherche du boulot
une heure plus tard il charge une brouette de mortier
Nourri logé sur le chantier entre la mer et le dépôt d'immondices
A dix dans un gourbi pourri sans compter les rats et les fourmis
Dix heures par jour six jours par semaine
il n'a pas décollé les deux mains du manche
La douche au soleil le dimanche avec le tuyau de la bétonneuse
Un vieux maçon pendant la pause lui a dit "petit, ne reste pas dans ce pays"
Dès qu'il a pu il s'est payé un billet du train de nuit pour Paris
Premier matin Gare de Lyon Premier métro jusqu'à Montparnasse-Bienvenue
Pour retrouver l'ami d'enfance
monté bosser cinq ans plus tôt dans les frigos
Quand son copain l'a reconnu il a pleuré son frère mort sans l'avoir revu
Puis ils sont partis en riant manger des frites au Métro St Michel
Au 17A rue d'Odessa il dort entre le lit divan, et le frigo
Le soir il apprend le dessin, le jour il apprend par coeur le plan du Métro
Au bout des lignes de banlieue sans carte de travail il n'y a pas de chemin
il dit qu'il croit qu'on le regarde comme s'il marchait une bougie à la main
Trois mois sans trouver de travail à user l'automne
et son coeur et ses chaussures
A manger tout seul au comptoir
les six enveloppes de sa paie de la Côte d'azur
Un matin c'est déjà l'hiver il a repris son sac il n'a rien dit
Mais il est monté plus au Nord toujours plus haut jusqu'à Bruxelles-Midi
Porte d'Anderlecht dans un hôtel
il met ses derniers sous dans une chambre à la semaine
Il a cousu dans sa chemise un billet neuf pour payer le train du retour
Sur le reste il économise un carton de lait avec un demi-pain par jour
Le soir pour éviter les rafles il peint tout seul les plages de Tunisie
Quand il boit de l'eau dans ses mains vides
il dit "voilà je tiens encore trois
jours"
Il dit "voilà c'est Terminé" Le lendemain il déniche une place de plongeur
Huit jours plus tard il trouve un job en or
avec de vrais papiers sur un chantier
Même si le Latex sur le Giproc
ce soit pas vraiment la peinture dont il rêvait
Ca fait douze ans qu'il vit chez nous
mais son copain vend des frigos près de Gabès
Chez ses parents en Tunisie 'y a la sono du muezzin dans la cuisine
Il s'est fait à tout même au climat
même si les mots sur les affiches parfois le blessent
Il évite seulement les bistrots où les serveurs ont les avant-bras tatoués
Dans sa vieille casserole à pression
il fait chanter le mouton jaune pour les amis
On lui a fait goûter la Chimay bleue
et la Kriek qui sent la bière et la cerise
On parle du Coran de la crise de ce texte que j'écrirai pour lui
Puis on ne dit plus rien car on sait
qu'on vit coincé entre le F.N etla
Volksunie.....
Et l'Europe était belle pour mon copain Kamel.......