J'suis né le jour de la Saint-Landry
Ça fait pas d'moi un modèle
J'mériterais même pas la réplique d'un prix Nobel
J'ai des maux d'tête sous l'glaive de Damoclès
Car aucune serrure ne s'ouvre avec des mots-clefs
J'suis dochard depuis la sortie du ventre
Pas d'outre-Manche, j'arrive en criant par voie basse et pas autrement
Carolo élevé au sel marin de la Sambre
J'suis l'chaînon manquant entre Georges Lemaitre et Pierre Carette
J'crois pas qu'le hasard fasse dans l'amalgame
J'ai vu du sens dans ma naissance à l'hôpital Notre-Dame
Héréditaire serait la bravoure de ma Nation
Mais, paraît qu'le courage ça saute une génération
Alors plus tard j'appellerai mon fils Thomas
Pour en faire un lion féroce, qui ne croit que ce qu'il voit
Pourtant ni tadjik ni pachtoune
Et bien avant qu'une page tourne
À moins d'seize ans pour l'quartier, j'engage tout
Parcours épique, épopée d'une équipe
Si l'destin était une musique moi j'la laisse en repeat
Toujours véridique, c'est le socle de ma vie
Sur le tracé de ma vie, mes battements en sont la rythmique
Élevé en batterie, on est les premiers banlieusards bios
Au scénario digne des longues séries d'HBO
Biopsie d'un biopic qui prend aux tripes
B.O. d'film d'une vie du bic à la billetterie
Texte autobiographique
Black and white sont les potos d'ma clique
On s'bat pour nos droits civiques
Lève le bras devant les complots d'la vie
On traine dans tous les endroits mythiques
Nos idées sorties des tombeaux d'Europe et d'Afrique
Murmure des mots thérapeutiques
Et scande le slogan "Pas de panique"
Premier studio dans une ancienne régie
Quelques posters feront la tapisserie
On refait le monde jusqu'à pas d'heure
Jusqu'à l'aube et sa paleur
Avant les matines, on décortique les phrases de nos fathers
On joue les "spin doctor", les pères fondateurs
Bien plus puristes que la foi d'un précepteur
Parfois la politique peut s'avérer très poétique
Alors comment ne pas trouver la vie de quartier si romantique ?
J'ai fait le tour de ma vie sur des notes
Pour qu'on m'ouvre les portes du paradis
J'ai tout donné pour écrire mon époque
Sur des pages j'ai gravé ma vie de bohème
Entre mes doutes et mon bonheur
Tant que je garderai mon honneur
Je ferai le tour de ma vie sur des notes
Toute ressemblance avec des personnes existantes n'a rien d'fortuite
Si j't'évoque de mauvais moments, que Dieu me forgive
J'pensais pas qu'un jour j'raconterais cette histoire
Non pas par pudeur mais parce que j'pensais pas l'avoir
Si j'ai un nœud dans les entrailles, des larmes dans la voix
C'est qu'la douleur est une faiblesse qu'on ne montre pas
J'préfère m'déclencher un ulcère que d'grimacer dans l'effort
C'est tout le mental Carolo
Usine à valeur, fabriquant de contenu
Artisans du Pays Noir et ouvriers d'la grande plume
On était tout sauf des jeunes ordinaires
Avec pour pierre angulaire les moeurs de gens populaires
Aucune guerre ne se mène au pistolet à air
Avec la rue on a vécu qu'une relation plus qu'épistolaire
Plutôt l'air de s'perdre, espère voir quelques lueurs d'espoir
Mais notre histoire intraçable comme un donneur de sperme
Nous étions des pêches échouées loin du pêcher
Qui n'voulaient pas d'poisson mais souhaitaient apprendre à pêcher
Des ambitions qui dépassent le mont Rushmore
Après Ben Affleck, moi j'serai le meilleur story-teller
Une demi-dizaine d'annèes s'ensuivra
La vie d'famille se consumera dans des heures de nuits inchiffrables
C'que l'on sait moins, c'est qu'les idéalistes n'ont pas d'vie
Ils savent quand ça commence, mais rarement quand ça s'termine
Malgré tout, j'donnerai tout pour converser d'ces saisons
Pour une conversation sincère, avec un fond
C'est la cause qui nous a réunis, est-ce elle qui nous séparera ?
Est-ce qu'on s'parlerait s'il n'y avait pas eu les errements de quartier ?
Alors à mon coin, à ces pairs qui nous font honneur
À tout ces gens discrets qui font mentir les chiffres des monarques
J'en crache un mollard aux snobeurs
Détenteurs de valeurs de merde
Les sauvés sont souvent ceux qui s'prennent pour les sauveteurs en mer
Mais depuis quelques temps, j'ai comme perdu la foi
J'ai comme un voile devant la vue qui me perturbe la voix
J'me vois comme un bénévole parmi les traders
Qui spéculent sur la fin du film sans même avoir vu l'trailer
Ou comme un pudique dans un film de boule
Les on-dit diront qu'j'suis tiraillé des origines comme le fils Debbouze
J'porte un costard trop large pour mes épaules
Moi qui voulais faire que les petits ne fassent pas les mêmes erreurs
et trouvent une passerelle vers les grandes écoles
Mais pour les gens d'ma région, donner du sens avant de la raison
Dans leurs idéaux, c'est donner d'la confiture à des cochons
De la fioriture dans nos bandes et paraboles
Tous de mèche pour produire plus de merdes qu'Endemol
Et quand le doute s'installe, il pollue tout c'qu'il croise
Ma conviction s'ébranle, j'ai l'impression d'faire du remplissage
D'être devenu comme c'que j'ai toujours combattu :
Un con d'l'actu qui calcule, un incongru que l'on congratule
Une figure publique qui sans cesse doit faire bonne face
Suis-je devenu un faussaire comme dans le bouquin de Pascal Boniface ?
Est-ce que je me reprends de mes maladresses ou est-ce mes maladresses qui me reprennent ?
En effet, peu d'choses me séparent d'un enfoiré
Mais qui n'a jamais pêché me jette la première pierre
Mes mots sont peut-être à l'origine d'un dernier spliff ou d'une dernière bière
J'ai peut-être changé des vies, fait se rencontrer des cœurs
Suscité des vocations de journaliste-reporter
J'ai pas à rougir d'un parcours plus qu'honorable
J'ai comme aura que mon vécu et le bien comme morale
Chef caporal de toute une armée de frères et soeurs qui m'honore
Par leur présence et me connaissent mieux qu'Akinator
C'est à eux qu'je pense quand j'martèle le clavier
Écartèle le papier, quand je parle de mon quartier
Qu'ils continuent à me transmettre le juice
J'continuerai d'donner du taf au grands patrons qui tiennent les bourses
J'écrirai à bout d'souffle jusqu'à l'écoulement nasal
Une chose est sûre : il n'y a rien que je regrette
Et si c'était à refaire, avec les mêmes personnes je recrée
J'renouvelle mes vœux du feu sacré dans les cieux
Si l'amour rend aveugle, j'crois que l'amitié ça crève les yeux
Mon nom d'famille c'est Docherie, prénom Alias
J'suis l'homme aux mille pensées données aux allures de meetings
J'porte mes idéaux comme des pancartes de manifs
Comme Mabrouk, j'ai 30 millions d'amis et mes amis sont tous de ma famille
J'suis un Jedi venu d'ailleurs avec mon tête, mon coeur
J'ramène l'équilibre à la force même sans Skywalker
J'ai dit "non" comme Amy en rehab
J'm'enfermerai pas non plus dans l'image du crétin réac'
Si t'as l'adresse du Paradis, petit passe le lien
Car sur bwin.com j'ai pas vu d'paris clandestins
Je suis un loup que certains ont pris pour berger
J'me laverai d'mes pêchés dans les bains d'un lac gelé
En attendant j'me dois d'être droit, d'être digne car
Encore dans ma ville certains petits appellent leur fils par mon nom
En hommage à ce type qui
trouvait qu'la vie de quartier avait quelque chose de romantique....