J'me suis construit au fil du temps, j'ai appris au cours des années, J'ai fait mon chemin en observant les forces, les failles de mes ainés, J'les ai vus trainer des fardeaux, je les ai vus porter des croix Beaucoup trop lourdes pour leurs épaules, j'les ai vus renoncer parfois. J'en ai vus endurcir leur coeur, se blinder l'ame, fermer les yeux, J'les ai vus traverser la vie sans jamais s'arreter aux feux,
J'les ai vus rire où j'aurais pleuré, j'ai cru que c'était ça être un homme, Si c'est la bonne définition, j'en suis pas un mais c'est tout comme. J'en ai
vus s'accrocher comme des fous à un passé qu'ils ont subi, Mais qui dans le filtre du temps qui passe, devenait soudain un
paradis, Je les ai vus les yeux lointains, arpenter les routes de l'enfance, Je les ai vus chercher le frein, en croisant leur adolescence. J'ai vu tous ces
vieux avant l'heure, coincés en position parking, Passer en boucle leur vieux Vynils, Percy Sledge, ou Otis
Redding Je les ai vus baisser la tête devant CloClo en comprenant, qu'ils regretteraient toute leur vie, le temps où ils étaient des enfants. J'ai
compris qu'à force de se souvenir, on s'endort, J'ai compris qu'y a rien derriére, à part des regrets et des rêves
morts, Et qu'à force de remplir son sac à dos avec des trésors disparus, Y a plus de place pour y mettre un avenir, qui irait plus loin que le bout de la rue. Souvent quand je regarde derriére moi, pour voir ce que j'y ai laissé, J'ai
l'impression d'être un gamin devant sa chambre jamais rangée Y a plein de trucs qui trainent par terre, des jouets, des
livres, des vieilles photos Des souvenirs de jours enfuis, pas mal de rires, et quelques gros
sanglots... Je m'assieds alors, au milieu de tout ce bordel, J'fais un peu semblant de faire du tri, et je repousse quelques larmes rebelles, J'essaie de garder l'essentiel, ce qui sera toujours à mes côtés, Pas du
passé, pas du futur, mais des petits bouts d'instants figés. A premiére vue des choses qu'ont rien à voir entre
elles, Des parties de foot, des p'tits bisous, des bagarres de cité, des gamelles, Les amitiés d'une vie qui devant les halls prennent forme, Avec ces règles,
ces codes, ces lois qui chez nous brisent toutes les normes. Enormes, comme ces morceaux qui surgissent du passé, Marvin Gaye,
Barry White Kool and the gang, "The first the last" remasterisé, Parti, le bruit du 33 tours, c'est plus la même génération, Mais les anciens
nous ont légué le gout d'la funk et du bon son. Et sur ces airs qui bercent mes nuits d'aujourd'hui je comprends Qu'y a rien derriere, que des vestiges, des ruines, du vent, Les
décombres d'une époque qui n'est plus, Et pour avancer, faut raser tout ça et batir par-dessus. Alors j'enfouis sous les gravas les tristesses et les angoisses, Et à grandes
pelletées j'enterre la peur du temps qui passe J'oublie les amis disparus, les mauvaises notes, les déceptions J'dépose à côté des fossiles, mes nuits trop noires et mes démons. Je laisse aux explorateurs du futur, le soin de tout décrypter, Je les laisse
trouver les réponses que j'ai arrêté de chercher Je les laisse essayer de comprendre ce monde un peu tordu Ce monde où plus tu fouilles, plus tu cherches et plus t'es perdu. Mais dans le musée de mon cerveau je mets sous verre, Les petits amours, les
gros coups de coeur et le portrait de ma mère, Quelques photos jaunies, un vieux ballon et une dent de lait sous
l'oreiller, Juste un petit baluchon, histoire de voyager léger. Et quand je reprends mon chemin, je suis sur que j'ai raison, J'suis sur qu'y
a rien derriere, et que le monde m'attend juste après l'horizon Alors je referme la porte de l'enfance en me mettant sur la
pointe des pieds, Y a rien derrière, j'crois que le plus dur, c'est d'arriver à s'en persuader