J'ai laissé mon ombre accrochée à la branche d'un grand peuplier, J'crois que j'ai jamais connu un choix qui m'ait autant laissé brisé, J'crois que son destin était loin de moi dans un éternel mois de juillet, J'voulais connaitre les autres saisons, alors je l'ai abandonnée.
J'voulais savoir comment c'était là, juste aprés l'horizon, Connaitre un peu d'autres paysages, et la douce fraicheur des flocons, J'lui ai dit "viens", enfin il me semble, mais elle a pas voulu venir, Et j'ai du abandonner mon ombre pour espérer ne pas mourir. C'était pourtant une ombre parfaite et mon double tellement attachant, Une ombre pure et sans reflet du matin au soleil couchant, Toujours présente, sans me pousser, devant, derriére, elle me guidait, J'crois qu'à jamais j'me dirais : "putain qu'est ce que t'as fait ?" Il fallait que je sache, que je découvre ce qui m'avait été caché, Il fallait que je comprenne toutes ces choses qui me poussaient tant à y aller, Alors pendant des années j'ai cherché ce chemin camouflé, Je l'ai trouvé, je suis parti, et mes réponses j'ai recherchées. Au début j'étais tout excité, c'était comme une chasse au trésor, Bon, sans la carte, mais c'est pas grave, toi-même tu sais que je suis trop fort ! Je me suis gavé à plus pouvoir de cette liberté retrouvée, Empli mes yeux de choses nouvelles, ou alors que j'avais oubliées. J'ai découvert la douceur d'une brise dans le calme d'une foret profonde, J'ai croisé des yeux qui m'ont happé plus que ne le pourrait la Joconde, J'ai respiré les embruns de mers jusqu'alors inconnues, J'ai marché, visité, crié, et j'ai couru comme jamais je n'avais couru. Et puis un jour je me suis posé, par un aprés-midi d'automne, Les feuilles mortes qui virevoltent... mais tu connais, pas besoin que j'en fasse des tonnes... Le soleil caressait mes pieds laissant sa place à un soir sombre Et c'est là que j'ai réalisé ce qu'est la vie quand t'as plus d'ombre. Ton ombre, c'est ton alter ego, elle vit comme toi mais en silence, Toujours prête à te protéger, parfois seulement par sa présence, Pour pas qu't'oublies quand tu te sens seul, qu'il y a des jours où il fait beau, Elle se fait discréte pour pas te gener, mais tu sais qu'elle est dans ton dos. Et à force tu prends l'habitude, et t'oublies que c'est de la magie, T'oublies que pour pas être blessé par la vie tu dois avoir ton petit génie, Une fée Clochette qui t'aime tellement, qu'elle oublie qui elle est vraiment, J'te rappelle qu'y a pas plus égoïste que le p'tit gars qu'on nomme Peter Pan. Le pire c'est qu'il est pas méchant, on en viendrait presque à l'aimer, Même si des fois on aimerait bien, qu'il arrête deux secondes de saouler, Merde... quoi... c'est vrai... il nous fatigue, nous, son ombre, on l'a jamais vue, T'as pas compris ? alors je t'explique... c'est pour ça qu'il est tout perdu. Car quand tu regardes, c'est qu'un gamin qu'a toujours refusé de grandir, Sa terreur du monde extérieur l'a poussé à jamais sortir, Y a qu'une seule chose qui l'a forcé à affronter tous ses démons, Il avait égaré son ombre, et sans elle à quoi bon le monde ? Dans sa détresse, il a du bol... il peut pas savoir maintenant, Que sur notre terre pourtant si folle, on pardonne tout à un enfant, Faut qu'il arrete de s'inquiéter, son ombre est partie faire un tour, Mais elle sera là à la seconde où il l'appellera au secours. J'me suis pris pour ce petit garçon, de vert vetu et insouciant, Et j'ai oublié que même une ombre avait droit que je me pose un instant, Qu'elle aussi pouvait être fatiguée de mes voyages au bout du monde, Qu'elle aussi avait des désirs, et des blessures bien plus profondes. Tu vois je veux pas t'faire la morale, y'aurait franchement de quoi rigoler, Dans la liste des philosophes à deux balles, ils ont même pas voulu me caser, Mais j'aimerais juste que tu gardes en mêmoire, le jour où ta vie peut flancher, Que j'ai laissé mon ombre accrochée, à la branche d'un grand peuplier.