Ce qui va suivre n'est pas une page qui se tourne, mais plutôt toute une pile de livre qui s'écroule. Ma vie est un visage dont le regard se contourne, dans les méandres d'un passage où il y a même pas d'issus de secours. J'aurais aimé que ce texte ne soit pas si terne, et qu'à son terme on conteste que je sois taciturne. Et quand la plume pleure il nous faut plus qu'une citerne pour contenir le fleuve du conte des mille et une peines. J'ai compté mille et unes nuits avant d'entendre cet appel, on a pas mille mais une vie pour que douleur devienne lanterne, pour que le chat devienne panthère, que le poème devienne contine, que la lumière se fige en cire quand la bougie se calcine. J'ai connu mille et une haines, allez savoir pourquoi seule la dernière compte. J'ai croqué mille et une scènes de vie d'une encre pourpre et froide comme la faute. Mon conte des mille et une peines n'est pas une plainte mais une estompe, où les ombres s'appaisent au moment de la dernière goutte. A chaque fois qu'on se jure, c'est fois c'est la dernière fois, qu'on souhaite conjurer le sort de ceux qu'on laisse derrière soit. Une silhouette se dessine lorsque la nuit achève le soir, c'est une illusion sur une estrade recouverte d'un foulard de soie. Si ce texte vit moins longtemps qu'un château de sable, je serais cet enfant qui dresse des barricades pour le défendre des vagues. Et s'il en reste quelque chose j'en ferais des chapitres ou des lignes. Faites juste que les larmes de sang ne deviennent des larmes de fin.